Peinture de Guerre: La massacre de Cholula

Retour de la rubrique les peintures de guerre  avec cette fois-ci une ouverture sur la peinture d’Amérique centrale, avec la peinture du massacre de Cholula réalisée dans un codex quelques années après la conquête de cortès. L’on ne parlera pas donc d’oeuvre précolombienne mais l’étude de certaines oeuvres de la période antérieure à la conquête nous permettra de mieux comprendre les particularités et richesses de cette oeuvre.

Commençons par un bref rappel historique de la situation en Amérique centrale avant l’arrivée de cortès, indispensable pour la bonne compréhension de la peinture de cet épisode.

L’Amérique centrale à l’époque Aztèque:

Pour bien comprendre la situation des Aztèques au XVIème siècle, il faut remonter au Xe siècle et le déclin de l’empire de Téotiuacàn et l’arrivée par le nord de peuple de langue nahuatl.  Les Toltèques fondèrent leurs empires sur le plateau central d’Amérique centrale. Civilisation rayonnante, elle décline pourtant et, en 1168, des divisions internes et des invasions du nord entraînent l’effondrement de la cité de Tula, capitale de l’empire. Mais la tradition toltèque continue de se perpétuer à Cholula qui devient un important centre religieux autour du Serpent à Plumes (divinités centrales du Panthéon mésoaméricain). C’est durant cette période que les Aztèques venus du Nord s’installent dans la vallée de Mexico. Avec l’effondrement de l’Empire Toltèque plusieurs cités acquirent un importante et furent alors en perpétuelles luttes. Mais toutes se réclamer de l’héritage de la culture toltèque. Seule l’alliance de trois puissantes citées ( Tlacapon, Texcoco, Tenochtitlan) permit l’union de la région en 1440. Mais rapidement Tenochtitlan prit un ascendant sur ses deux alliés. Un système d’empire se mit en place avec le paiement d’un tribut, mais les cités conservaient leurs instances locales. Ainsi, des cités en particulier celles de Texcala, Cholula, Huexotzingo. La présence au sein même de l’empire d’enclave hostile permettait aux Aztèques de toujours mener des guerres et ainsi fournir constamment des prisonniers en sacrifice à leurs dieux (sacrifice indispensable pour la bonne  direction du monde selon les Aztèques). Cette vision rapide permet de voir que l’Empire aztèque ne représentait pas une seule entité,  mais reposait au contraire sur une diversité de peuples et de cités dominées et rivales.

La peinture dans l’Amérique mésoaméricaine:

Les sociétés mésoaméricaines sans écriture alphabétique s’appuyaient sur l’image sous pour affirmer leurs puissances par l’intermédiaire des codex, que les espagnoles nommaient « peintures ». Ils étaient réalisés par des Tlacuilo des peintres/ scribes. Certains avaient une grande renommée et avec un système de maîtres et d’apprenties. Les Tlacuilo couvraient ces codes de figures et de couleurs des supports papier qui avaient une forme d’accordéon. L’ensemble des figures, personnages et symboles répondaient à des archétypes. Ils ne visaient pas à une transmission de la parole, n’y a même la vocation linéaire de notre alphabet. C’est, c’était un système hybride qui ne distinguait pas l’image de l’écriture. Il pouvait y avoir plusieurs niveaux de lecture de même que de déchiffrement. De plus cette peinture est indissociable de la religion puisque le sang sacrifié pouvait servir lors de la réalisation de peinture.

 

La massacre de Cholula:

Hernán Cortés part de Cuba, le 10 février 1519, avec 11 navires qui embarquent 508 soldats, 16 chevaux et 14 pièces d’artillerie. Il rencontra un Espagnol qui s’était échoué sur les côtes américaines et qui a passé 8 ans en captivité. Cela permit d’Hernán Cortés de disposer d’un traducteur, ce qui ne peut être négligé dans sa connaissance de l’Empire aztèque et de ses divisions. Il faut aussi seconder par une femme, connu sous le nom de Malintzin (Malinche), qui devint sa femme. Le 2 septembre 1519, les Espagnols arrivent au bord du Tlaxcala. Il y trouve un accueil favorable puisque les Tlaxcala sont des rivaux des Aztèques et joignent des hommes à la colonne espagnole. Les espagnoles et amérindiens se dirigent alors vers Cholula, où ils massacrent 6000 indiens alliés aux Aztèques.

Voici comment est présenté l’événement selon le codex intitulé : « Histoire de Tlaxcala »

« Cette province de Cholula fut très rapidement détruite à cause de la conduite inacceptable de ses habitants. Il y eut, en cette occasion, de très nombreux morts parmi les Cholultèques et la nouvelle vola à travers toute cette terre jusqu’à Mexico où elle causa une horrible épouvante […]. Avant le début de cette guerre, des messagers et ambassadeurs tlaxcaltèques furent envoyé à Cholula, pour solliciter et requérir la paix. […] Mais sans rien vouloir, entendre, les Cholultèques s’obstinèrent à ne pas se rendre, préférant mourir, et, au lieu de savoir gré aux Tlaxcaltèques de leurs conseils, leur réponse fut d’arracher la peau du visage de l’ambassadeur […]. En fin de compte, dans cette guerre, les Cholultèques comprirent et reconnurent que le Dieu des hommes blancs avait plus de pouvoir que le leurs et que ses fils étaient plus forts qu’eux-mêmes. »

Passons maintenant à la version du massacre dans le codex de Florence ( codex commandé par Bernardino de Sahagún moine franciscain et rédigé suite à des conversations avec des anciens chefs locaux):

« ils étaient venus (les Tlaxcaltèques) à regarder avec haine les Cholultèques, à les detester, ils en étaient ennemis, et nulle part ils ne pouvaient avec commerce avec les Cholultèques. Pour cela ils ont incité les espagnols à leur nuire, pour que ceux-ci les anéantissent. Ils leur ont dit: » Il est tout à fait pervers, c’est notre ennemi, le Cholultèque. Autant que le Mexicain, il est fort, et il est l’ami du Mexicain ». Dès qu’ils ont entendu cela, les Espagnols, aussitôt, sont partis là-bas, à Cholula.

En arrivant, aussitôt, alors, on appela les gens à grand cris, pour que viennent tous les seigneurs, les princes, les gouverneurs, les capitaines courageux et les hommes du peuple. On a ainsi rempli le parvis du temple. Et lorsque tous se furent rassemblés, aussitôt les Espagnoles sont venus fermer les portes, de tous les côtes où l’on entre. Aussitôt alors, on a écrabouillé, on a assassiné, on a frappé. »

On le voit bien deux visions bien différente de cette épisode nous est parvenu.

Après cette longue mais indispensable introduction passons à l’étude de la peinture issu du codex florentin.

Cholula

 

 

 

Sur cette représentation l’on peut apercevoir l’ensemble des protagonistes du massacre de Cholula.  Sur la droite: la Malinche et un conquistador monté à cheval. Au-dessus de ces deux personnages des enfants certainement ceux de Cholula. Sur la gauche, l’on peut voir les combats autour de la grande pyramide entre des Cholulates et des guerriers espagnols et discotiques. La violence des combats est montrée par la présence au sol des membres et de cadavre. Au centre les seigneurs de Cholula semblent impuissants devant le massacre. Enfin Quetzalcoatl, le dieu serpent à plumes protecteur de la cité surplombe le temple.

Nous sommes ici, face à un art mixte qui articule les anciennes iconographies du Mexique et l’art européens. L’on remarque ainsi l’absence de perspectif typique alors de l’ancien art mexicain. De même les personnages sont représentés de profils. À l’inverse la représentation des hommes et des chevaux tranche avec celle que l’on peut voir dans les images préhispanique.

Codex Zouche-Nuttall, préhispanique

La représentation suivante permet de bien saisir le choc culturel entre deux mondes qui a eu lieu avec l’arrivée des espagnoles et la mise en place d’un art métisse. La place de l’image fut importante dans le combat qu’ont mené les autorités espagnoles dans la domination des populations locales, mais furent aussi une manière de mieux comprendre ces derniers. Après des premières années ou seules la destruction des idoles et des représentations dominées. Devant les résistances, il a fallu aux espagnoles comprendre les cultes et traditions locales. D’où la rédaction de ces codex.  Ce qui particulièrement intéressant ici ce sont les différentes versions de ces événements mais aussi comment les  Tlacuilo ont réussi à mixer leur technique de peinture face à celle des Européens. Cette fusion artistique est assez singulière me semble-t-il  dans l’histoire. Les travaux de Serge Gruzinski sont à ce titre très instructif et je vous invite à vous y intéresser. En particulier :  La guerre des images de Christophe Colomb à Blade Runner (1492-2019), Paris, Fayard, 1990.

 

Voici les différents ouvrages sur lesquels je me suis appuyé pour réaliser cette article:

Serge Gruzinski, L’amérique de la conquête peinte par les Indiens du Mexique, Paris, Flammarion, 1991, 231p.

Jacques Soustelle, Les Aztèques, Paris, Puf, 1970, 127p.

Georges Baudot et Tzvetan Todorov, La conquête récits aztèques, Paris, Seuil, 2009, 408p.

 

 

 

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